
C’est peut-être le jour où vous vous direz une bonne fois pour toute que je suis un sot,
et que je manque cruellement de goût. Si ce jour est arrivé, et bien soit !
Je suis un crétin qui aime Titanic.
J’ai lu sur le blog de Cha une note sur X-Files qui se
finissait à peu de chose près comme ça : je m’en branle de vos nouvelles
séries de merde…j’aime les trucs qui me rappellent ma jeunesse. Je la rejoins
un peu sur ce point. J’ai beau prétendre n’aimer que la nouveauté, je suis
horriblement nostalgique de ma jeunesse. Quand on est môme, on a cette capacité
à sublimer ce qu’on aime au point de le rendre culte. Peut-être que pour certains,
ces souvenirs s’estompent avec le temps. Moi, je n’ai presque pas de souvenirs de ce que
j’ai fait gamin, même ado, j’oublie très vite, mais le souvenir d’une chanson, d’un film,
ou d’un livre reste exactement le même année après année. C’est pour ça qu’ X-Files est
ma série préférée, que Titanic et Chihiro me bouleversent tant, et c’est sans doute aussi
pour ça (malheureusement pour oim) que je ne pourrais jamais plus éprouver autant
de passion à l’égard d’un film… j’ai trop grandi. Je vois maintenant les ficelles faciles,
les codes préchauffés du genre, la soupe fadasse souvent servie. Une espèce de bulle
se forme et m’empêche de regarder objectivement tous ces trucs de mon passé…
Je rencontre beaucoup de gens pour qui ce n’est pas le cas. L’âge adulte leur a non
seulement ôté leur vision d’enfant, mais aussi les sensations qu’ils ont éprouvées
lorsqu’ils étaient gamins. Aussi, si c’est votre cas, vous demeurerez
complètement étranger au concept que je vais essayer
(tant bien que mal) d’expliquer.
Quand je regarde Titanic, je ne regarde plus un film.
J’ai un accès direct à plusieurs époques de ma vie.
Une machine à remonter le temps, en somme.
Des dizaines de souvenirs refont surface, issus d’époques
différentes de ma vie, liés à un nouveau visionnage du film.

A dix ans, je ris devant la fin du film (vous savez, quand la vieille meurt).
Ma mère, excédée, me fout une torgnole en pleine poire devant la salle entière.
(Carole, Nath, vous étiez là, je suis sûr que ça vous fait encore rire aujourd’hui)
A seize ans, au lycée, on a un jeu, une sorte de fil rouge qui consiste à citer le plus
grand nombre de répliques issues de Titanic. Il s’agit de la placer au bon moment et dans
un contexte qui s’y adapte. Mon coloc est sacrément balèze dans cette discipline (oui,
il se reconnaitra), et coiffe au poteau mes plus jolis phrasés (et notamment un
« je crois maintenant que ce paquebot peut couler » en faisant rouler un
stick UHU sur une table inclinée)
A vingt ans, j’ai la chance de rencontrer une encore plus grande nerd de Titanic
que moi (ce que je ne pensais pas possible), Maureen, capable de réciter chaque
réplique par coeur (ET en langue originale s’il vous plait !).
Cette passion commune nous poussa, l’an dernier, à voyager jusqu’à Londres pour
assister à l’exposition Titanic Artefact Exhibition au O². Nous pouvons maintenant
nous targuer, entre autres, d’avoir touché un véritable morceau de la coque du bateau
(je crois que c’est un des trucs dont je suis le plus fier au monde
- vous avez dit pathétique ?)
A vingt et un an, je grave d’une croix sur ma mappemonde le lieu exact
où le Titanic sombra, à 650 km de Terre-Neuve, où il repose encore.
J’ai encore tout un tas de réminiscences nazes de cet acabit,
je vous les épargnerai.
Tous les gros nerds de Titanic, Mau, Yannouz, Alex, Anne-Ju,
Mel, PaMing, tous ceux que j’oublie, tout ceux qui kiffent le film mais
qui n’assument pas (et vous êtes nombreux), toutes celles qui ont
eu un poster de DiCap sur le mur et tous ceux qui ont acheté la
réplique du Coeur de L’océan pour 20 Francs chez Bimba,
tous ceux-là pigeront.

Je ne peux pas non plus m’empêcher de parler des acteurs.
Vous savez ma grande admiration pour Winslet et DiCap. Etonnament, c’est dans
ce film que je les trouve le moins impressionants. Comme le bon vin, ils s’améliorent
en vieillissant. Kate, 22ans, pouponne, n’a pas encore l’envergure et la classe de la femme
qu’elle est aujourd’hui, à tel point que souvent, je n’arrive pas à associer les deux,
à me dire que l’actrice de Revolutionnary Road et celle de Titanic sont une seule
et même personne. Leo, 23ans, est encore ce petit minet teenage au visage angélique
qui agace tant. Loin, très loin des héros torturés des films de Scorsese.
Dorénavant plus gras, moins beau, il a gagné en maturité et « musclé son jeu »,
comme dirait Aimé Jacquet. J’ai lu il y a quelques temps un article à
ce sujet (à propos du film J.Edgar) que je trouve intéressant de partager :
« Di Caprio va à contre-sens du culte hollywoodien d’une jeunesse éternelle factice. (…)
Il s’extrait de lui-même, s’extirpe de sa propre peau, rajoute des montagnes de latex sur
son ventre, des kilos de prothèses faciales sur son visage, comme si son image filmée
devait devenir le réceptacle de sa face sombre et de celle de son pays,
un portrait de Dorian Gray de l’Amérique elle-même. (…) ». Classe.
Bien évidemment, et même s’ils n’excellent pas autant que maintenant,
Kate et Leo sont déjà à l’époque en train de tracer leur chemin, de marquer
d’une pierre blanche l’histoire du cinéma. Un tournage éprouvant et
un ras-de-marée médiatique leur conférera un amour quasi fraternel.
Difficile de tenir la barre lorsqu’on a à peine la vingtaine, hein.
Vous l’aurez compris, je vais retourner voir Titanic
au cinéma. Pour la quatrième fois de ma vie.
Voir au-delà de son statut de blockbuster, au delà de ses
innombrables records, de sa chanson kitsch et de la
DiCaprio mania. Il faut revenir au néant.
Aucune idée préconçue. Redécouvrir Titanic au cinoche,
et le regarder comme si c’était la première fois…
Il faudrait que j’écrive une lettre bien fondée à la
White Star à propos de tout ça…












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