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The Damned United

« Les projecteurs et les tribunes, les doigts et
les poings levés, la violence. Le voila, dit mon
aîné à mon cadet. Le voila. Depuis l’autoroute.
A travers le pare-brise.

Plein de haine, cet endroit, plein de haine;
plein de colère, cet endroit, plein de colère…

Elland Road, Leeds, Leeds, Leeds… »

The Damned United (44 jours en français) est
un putain d’excellent roman du tout aussi
excellent David Peace, qui a comme seul
défaut de donner une putain d’envie de jurer
sans cesse.

Il faut dire que Brian Clough, le mythique
entraîneur de football anglais (et personnage
principal du récit) n’a pas la langue dans sa poche
et ne mâche pas ses mots.

Seulement « ses mots », justement, on ne sait jamais
s’ils sont issu de véritables interviews/journaux etc,
ou s’ils sortent tout droit de l’imaginaire débordant de
David Peace, si bien qu’au final on mélange un peu
l’écrivain et son héros, et on prête à Brian Clough
une aura incroyable qui n’est peut-être
due qu’à Peace, vous me suivez ?

Peace qui, par ailleurs, réussit un tour de
force en écrivant un livre sur le football
qui n’en parle finalement pas vraiment et qui
est, malgré plus de 400 pages, très facile à lire,
très rapide à lire, et reste percutant
du début à la fin.

L’histoire se compose de 44 chapitres (1 pour chaque jour)
et oscille entre deux époques  qui se mélangent sans cesse au fil des pages :
La première époque est le présent, narré par Brian Clough,
qui raconte son arrivée au poste d’entraîneur
de Leeds United et sa descente aux enfers pendant 44jours.
La seconde est une période passée, où Clough, qui parle
cette fois à la deuxième personne (tu),  retrace sa carrière,
sa vie, ses choix.

« Tu perds 3-2 au match retour de la coupe de
la ligue… Deux buts de Derby qui, tu le sais au
plus profond de ton coeur endurci, te flattent et flattent
Derby County devant le public d’Elland Road…
Devant Leeds United, devant Don Revie…
« Vous avez eu un peu de chance, dit Don. Je me suis
dit que Dieu devait vous sourire.
-Je ne crois pas à la chance, tu réponds à Don. Et je
ne crois pas en Dieu.
-Dans ce cas vous croyez en quoi ? demande Don Revie.
-En moi. Brian Howard Clough. »

Ce roman est bon, ce roman est fort,
nerveux, saccadé. Il pue le gazon mouillé
et le scotch, la sueur et la peur. L’incertitude.
J’en veux pour exemple le premier chapitre,
où Clough raconte la fin de sa carrière de joueur,
son accident, dans une scène mémorable, qui m’a
scotchée et presque donnée la nausée.

Tout cela m’a donné envie d’en savoir plus
sur Brian Clough, sur Leeds, sur son éternel
rival Don Revie, et du coup j’ai épluché pas mal
de vidéos sur le web. David Peace s’est vraiment bien
documenté, et la quasi totalité de ce qui se déroule
dans le bouquin est vrai (tout ce qui concerne la partie
football et la vie « publique » de Clough, en tout cas).

« Bonjour les gars, je crie…
Ils se tiennent par groupe. En survêtement violets.
Il y a des tâches sur leurs genoux, des tâches sur leur cul.
Leeds la tricheuse. Cheveux longs, leur nom dans le dos…
Fils de pute, fils de pute, fils de pute… »

Je ne sais pas si ce livre s’adresse à tous les néophytes.
Personnellement, j’étais déjà très fan du football anglais,
j’ai passé des heures à geeker sur Fifa (oui, j’avoue) avec
Derby, Coventry, Man U, Tottenham et Forest, du coup,
apprendre l’histoire de ces clubs m’a forcément intéressé.
Malgré tout, et même sans aimer le football, le style de
David Peace est tellement bon qu’il rend presque
le sujet du livre secondaire.

The Damned United a été adapté au cinéma
par Tom Hooper (Le Discours d’un Roi).
Je m’en vais de ce pas le regarder, et je vous laisse
avec des vidéos : Ici l’interview de Revie et Clough
après son licenciement (mot pour mot la scène qu’on trouve
dans le livre), un documentaire sur le parcours de Clough et
un autre sur ses années passées à Derby County…

Je remercie Martin-Pierre, qui m’a conseillé
ce livre, et je remercie David Peace de l’avoir écrit,
et pour sa gentille dédicace.

« Il y a des voix derrière la porte. Des rires,
puis le silence…
Dans les couloirs, passés les coins…
Je me lève. J’ouvre la porte.
Rien. Personne.
Je ne crois pas en Dieu. Mais je crois au doute.
Je crois à la peur. »

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Totaalvoetbal

Nous sommes en 1974.
En Angleterre, Brian Clough est
nommé entraîneur de Leeds United alors
que Don Revie devient le nouveau sélectionneur
anglais (j’y reviendrai en détails demain).
Outre-Atlantique, Pelé prend sa retraite
internationale.

Il ne reste plus que deux grandes écoles
de Football. Deux styles de jeux opposés.
Le Football Total Néerlandais et le Réalisme Allemand.

Il faut imaginer à l’époque une toute
autre conception du football, un football
moins fermé, usant de différentes formes,
différentes stratégies.

Le Football Total, c’était la révolution
du football. Un nouveau mouvement, une
nouvelle ère ! Inventé  par Jack Reynolds,
amélioré et porté en grâce par Rinus Michels,
appliqué à la lettre par Johan Cruyff et ses hommes,
ce style de jeu va connaître une ascension formidable
pendant cinq ans.

« Le concept de football total est basé sur la participation de tous
les joueurs à toutes les phases de jeu, offensives ou défensives.
Dans ce système, tous les joueurs devaient être capables de se muer en attaquants,
milieux ou défenseurs. Les permutations de postes y sont essentielles,
les défenseurs se retrouvent parfois aux avant-postes et à l’inverse,
les attaquants en position de stoppeurs.  Tous les joueurs de champ
participaient aux attaques.

Pour tenter de saisir l’esprit du football total on peut se
reporter aux propos du défenseur de l’Ajax, Barry Hulshoff :
« Nous discutions tout le temps d’espace. Johan Cruyff parlait toujours de là où l’on
devait courir et se tenir, et de quand rester immobile. »

Il s’agissait de créer l’espace, de l’investir, et de l’organiser
comme de l’architecture sur le terrain de football.« 

-Source Wikipédia
(et des vidéos, si vous cliquez sur les dessins)


Notre football moderne n’est peut-être
issu que du résultat de cette finale de Coupe
du Monde 1974.
Pays Bas 1 – RFA 2

Le jour où Beckenbauer a tué le TotaalVoetbal.

Le Réalisme Allemand a gagné.
Les défenses de fer, la rigueur et les
équipes structurées ont gagnées.
L’ennui a gagné.

Je me suis demandé, ce matin, quel serait
le visage du foot d’aujourd’hui si la bande
à Cruyff avait remporté le titre ce jour-là…

…peut-être qu’on s’emmerderait moins
devant les matchs.

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