
D’après le « Moine Lisant » d’Odilon Redon
En ce moment, je suis dans une nouvelle phase « Paul Auster ».
A vrai dire, j’ai même l’impression que je ne sors jamais de cette phase.
Je me suis attaqué dernièrement à son Carnet Rouge et à
l’Art de la faim, de courts textes qu’il a écrit tout au long
de sa vie sur des écrivains, poètes et peintres qui l’ont marqué.
A la fin de ce livre, il y a une pléthore d’interviews
d’Auster, qui explique ses influences, sa façon d’écrire, ou
plutôt son besoin d’écrire.
C’est très intéressant de découvrir quels sont, en quelque sorte,
le « mentors » de mon maître à penser.
Il y a dans l’écriture et le dessin, et j’imagine aussi dans la musique
et dans toutes les formes d’arts (bien que je ne dispose d’aucun
matériau pour le prouver) certains liens invisibles.
Il y a notamment ce passage qui m’a
beaucoup parlé.
Auster écrit :
« Il peut arriver qu’un auteur en fasse trop, qu’il submerge le
lecteur sous tant de détails qu’il ne lui laisse plus d’air à respirer.
Imaginez un passage romanesque typique. Un personnage entre
dans une pièce. En tant qu’écrivain, dans quelle mesure avez-vous
envie de décrire cette pièce ? Il y a d’infinies possibilités.
Vous pouvez indiquer la couleur des rideaux, le dessin de la tapisserie,
les objets sur la table basse, le reflet de la lumière dans le miroir.
Mais dans quelle mesure est-ce vraiment nécessaire ?
La tâche du romancier consiste-t-elle à reproduire les sensations
physiques pour elles-même ?
Quand j’écris, c’est toujours l’histoire qui domine dans mon
esprit, et je sens bien qu’il faut tout lui sacrifier.
Toutes les formules élégantes, tous les détails curieux, toute
la prétendue belle écriture, s’ils ne sont pas strictement dans
le sujet de ce que j’essaye de dire, il faut qu’ils
s’en aillent. »
J’y vois tant de parrallèles avec le dessin, avec
la bande dessinée. Quel intérêt pour un dessin ou pour
une planche hyper réaliste si elle ne sert qu’à démontrer
la technique du dessinateur sans servir le propos, sans
laisser de place à l’imagination.
De la même façon que j’étouffe en lisant une description de
mobilier sur dix pages, j’étouffe dans un dessin réaliste,
détaillé.
Mon cas doit être définitivement perdu cette fois.
Ca commence comme ça et dans dix ans je ne dessinerai
plus que des cases blanches avec des indications de décor écrites.
Jusqu’à quel point pousser la synthétisation du trait ?







Hey Renart!
As tu lu Monsieur Vertigo de Paul Auster? Ce livre m’a fait une telle impression quand je l’ai lu….. indefinissable….. Bien souvent l’envie de le relire me prend, je l’ai déjà relu 3 fois
et chaque fois…. je retrouve cette sensation sans m’en lasser….
Tu me donne envie de relire du Paul Auster….. ça fait un moment que je n’ai plus rien lu de lui…..
C’est très intéressant en effet l’extrait que tu partages…. et je pense qu’il à tout compris….
Même si tu finis dans l’abstrait le plus total… tu t’en fou…. c’est quand même tellement bien de pouvoir imaginer avec un dessin et un texte…..
D’ailleurs dans tes croquis ou autres…. on peut rêver et perso je trouve que ça fait du bien….. de ne pas tout maîtriser et de pouvoir s’approprier un peu la sensibilité de l’artiste.
T’es un doué et sensible….. et c’est savoureux!
A une proch!
beco
Ah ! ce Loïc :)
le seul dessinateur de bd qui parle aussi littérature,
ça fait du bien !
je n’ai jamais rien lu de lui, d’ailleurs.
je serais d’accord avec lui (du moins la citation), à une réserve près : qu’on ne passe pas à la trappe le souci du style et de l’esthétisme des mots au nom de la pure utilité. Sinon, à mon avis, on arrive à du Galvada, Nothomb ou Lévy : c’est-à-dire des scènes descriptives limpides et concises, mais sans aucune forme, sans style, sans souci de l’écriture comme art propre.
Maelle > Non je n’ai pas lu Mr. Vertigo.
Mais pourquoi pas bientôt alors.
Je vais voir sur le net s’il est dispo en occase pas cher.
Merci pour ce commentaire aussi.
Je pense que tu comprends ce que j’essaye (tant bien que mal) de dire :)
Max > nooon, pas Lévyyyyyyy